Pourquoi je pars pédaler 15 000 km
Le 20 mars prochain, j'aurai quitté mon emploi et je m'envolerai pour l'Angleterre, d'où je partirai, seul à vélo, pour un voyage d'une année devant m'amener à travers toute l'Europe et l'Asie, jusqu'aux confins du Viêt Nam. Un total de 15 000 km dans 22 pays à faire spinner mes roues. Pourquoi ? Réponse en trois temps.
La vie est courte et imprévue
Le fait d’être conscients de notre propre fin est probablement l'un des aspects les plus importants de l’histoire humaine. Notre mortalité nous donne le coup de pied dans le derrière nécessaire pour réaliser de grandes choses. Mais la vieillesse est sournoise, elle arrive à petit pas, sans qu'on s'en rende compte. « Old is what other people are. » disait mon ex-beau-père.
Jonathan et sa mère, Diane, en 2011.
Ainsi, les années passent, et on se dit trop souvent qu'on aura le temps l'année prochaine de réaliser nos rêves. « Un jour, j'irai en Italie »... et ça n'arrive jamais.
Ma mère est décédée à l'été 2012, à l'âge de 55 ans, et avant d'avoir pu aller en Italie. Ça te donne un sale coup de pied dans face - non seulement on va tous mourir, mais on ne sait pas quand. Et peut-être même plus vite qu'on pense.
« Mais pas moi, je suis en santé », se dit-on aveuglément. La réalité est qu'on n'a pas de date d'expiration. Personne ne peut prétendre connaître son meilleur avant. C'est peut-être dans cinquante ans, c'est peut-être la semaine prochaine.
On le sait tous que la vie est courte, mais c'est si facile de glisser cette réalité trop effrayante sous le tapis. Tu rêves d'un projet? Tu es capable de le faire maintenant? Fais-le.
Pour vivre une aventure
"(...) I wish I spent more time in front of a screen. I wish I had fewer adventures.”
Cette phrase sarcastique est de l'aventurier Alastair Humphreys. Il écrivait récemment sur son blogue à propos des regrets que l'on peut avoir lorsque l'on vieillit et qu'on devient plus sage. À juste titre, ne pas avoir travaillé assez et avoir vécu trop d'aventures ne font jamais la liste.
En 2010, j'avais découpé un article dans le Quartier libre, journal étudiant de l'Université de Montréal, sur deux gars ayant fait un long périple à vélo. J'avais complètement oublié l'existence de cette découpure jusqu'à ce que je la retrouve étrangement il y a quelques semaines en faisant du ménage... en vue de mon départ.
C'est environ à cette époque que j'ai commencé à voyager. Tout d'abord avec des amis et de façon plus organisée, et petit à petit pour des durées plus longue, seul, et avec toujours moins de planification. J'ai réalisé que ce qui me plaisait le plus était de ne pas savoir ce que j'allais visiter et qui j'allais rencontrer. À quelques reprises, je me suis retrouvé dans des situations où je ne savais littéralement pas si j'allais terminer la journée... et ce sont mes meilleurs souvenirs.
Le voyage est comme apprendre à conduire. La première fois où l'on prend le volant, le simple fait de croiser une autre auto à 40 km/h est horrifiant. Puis, ça devient une seconde nature, et on doit aller pas mal plus rapidement pour revivre ce sentiment.
J'ai cette étrange et puissante impression depuis plusieurs mois que je dois faire cette aventure. J'ai besoin de rouler à plus de 40 km/h. Devant cet « appel », j'ai décidé de suivre mon instinct. Pour le dépassement, pour ne pas le regretter, et pour passer moins de temps devant un écran.
Pour réaliser l'extraordinaire
Peut-être est-ce générationnel, peut-être est-ce aussi partie de ma personnalité, mais le fait est qu'on veut tous être différent et unique. Les enfants de ma génération et moi nous sommes fait dire dès le berceau que nous pouvions accomplir ce que nous voulions. J'y ai cru, et j'y crois encore.
Merci à mon père André de m'avoir donné l'amour du vélo.
J'ai la vague impression que la vie ne sera plus la même après avoir vu tous ces paysages, entendu toutes ces langues et avoir mangé toutes ces choses inconnues. L'espoir est que ce soit pour le mieux.
Ultimement, le vélo n’est que l’objet utilisé pour faire ce périple. C'est plus rapide que la marche, mais encore assez lent pour être capable d'apprécier le paysage et de rencontrer des gens. Et depuis que mon père, il y a près de vingt ans, a initié mon frère et moi aux voyages à vélo, j'ai la piqûre de ce moyen de transport.
Souhaitez-moi donc bonne chance. Le 20 mars, ça roule vers le soleil levant.
Je t'enverrai des cartes postales d'Italie, Mom.